03.06.2007

Le livre

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Les textes présentés dans ce blog, de même que dans deux autres blogs, ont été regroupés dans un livre qui a pour titre : En pièces détachées.  La couverture reproduit un tableau d'Yvonne intitulé : Les petites des années quarante.

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21.02.2007

Les débarbouillettes

Nous arrivons à Montréal pour connaître notre petite-fille Léa qui vient de naître. Lyne, notre belle-fille, commence la toilette du bain. Pour mon grand plaisir, la jeune maman m'offre de donner le bain à Léa.
  
La table à langer est prête pour le rituel et trois débarbouillettes de couleurs différentes y sont déposées.
     
- Laquelle pends-tu? demandai-je.
  
- Les trois: la blanche pour la tête, la rose pour le corps et la bleue pour les fesses.
  
- Ha?...
  
Sans commentaire, je m'exécute selon les directives de la maman, me laissant toute à la joie de pouponner ma charmante petite-fille.
   
Quelques moments plus tard, la maman de Lyne passe voir la petite et je lui raconte avoir eu le «privilège» de donner le bain à Léa.
  
- Avez-vous eu droit à l'usage des trois débarbouillettes?
  
- Oui... Vous aussi...?
  
Sans malice, les deux grands-mères pouffent de rire au grand étonnement de la méticuleuse jeune maman.
  
  
Yvonne
Québec, 4 février 2007

11.02.2007

Traumatisme

Notre aide familiale et amie, Madame Verreault, femme forte s'il en est, gardait un souvenir traumatisant du tremblement de terre qu'elle avait vécu en 1988 au Saguenay. Il fallait peu de vibration sous ses pieds pour raviver sa peur.

Un soir, alors qu'elle était assise devant la télé chez nous à Québec, elle entendit ce bruit sourd caractéristique accompagné de légères secousses.
 
- C'est un tremblement de terre, dit-elle.
  
Comme une flèche, elle file en direction de la salle de bain où Claude prend sa douche. Elle ouvre la porte et, sans aucune explication, intime à mon mari de sortir au plus vite...!
  
Claude, qui n'a rien senti, ne comprend rien à ce ramdam.
  
Déjà les secousses sont finies. Ce qui subsiste c'est la scène inusitée devant laquelle il se trouve... lui, devant madame Verreault paniquée et... habillée.
  
Souvent après nous avons taquiné notre chère amie sur son traumatisme, prétexte, disions-nous, pour aller fureter au-delà des portes closes.
  
  
Yvonne
  
Québec, 19 janvier 2007

31.01.2007

La piqûre

En voyage en Espagne, Claude se lève un matin avec une protubérance spectaculaire à la joue droite. Au petit-déjeuner, nos compagnons, Arthur et Micheline, remarquent l'asymétrie faciale de mon homme. Micheline, infirmière de profession, croit que même sans douleur, cela peut venir d'un problème dentaire.
  
Un dentiste local corrobore le diagnostic et prescrit un antibiotique. Munis de l'ordonnance, nous nous rendons dans une pharmacie. Nous remettons le papier au pharmacien qui, quelques instants plus tard, nous remet le remède. À notre stupéfaction, nous réalisons que l'antibiotique doit se donner par injection pendant huit jours. Micheline me rassure:
  
- Je vais te montrer comment faire!
  
Le jour même, Micheline me montre comment faire une piqûre intramusculaire. Claude, inconfortable dans son corps et dans son âme de devoir mettre à nu son postérieur, n'a pas le choix et se couche à plat ventre sur le lit.
  
- Tu dois faire une sorte de croix sur la fesse et localiser la partie supérieure externe où tu feras l'injection. Attention, il faut bien déterminer l'endroit, car si tu touches le sciatique, c'est la paralysie...
  
Me voilà peu rassurée... Mais à la guerre comme à la guerre! Micheline s'exécute avec douceur sous le regard attentif de son élève. Je dois bien savoir la leçon, car nos amis retournent à Québec le lendemain.
  
Le jour suivant, forte de la confiance de mon infirmière et avec l'assurance d'une pro, je m'exécute. Mise en scène sur le ventre, présentation de siège, Claude attend. Me voilà prête à procéder. Préparation de la seringue, petite goutte, repérage du supérieur externe et... VLAN!
  
- AÏE!!! crie Claude.
  
- Pas si fort, lance Micheline.
  
Me sentant fautive, je corrige le tir, retire vivement la seringue, pique de nouveau et complète l'injection.
  
Selon Micheline, je n'aurais jamais dû faire ça, mais au dire du patient, ce jeu de dard est devenu au fil des jours un acte médical plus supportable.
  
  
Yvonne
Québec, 19 décembre 2006

30.01.2007

Les trois C de la séduction masculine

Claude, mon mari, 80 ans, confie à une amie l'achat de billets pour un spectacle de tango annoncé. Sitôt fait, il lui fait un chèque au montant des trois billets en lui disant qu'elle est notre invitée.
  
Charmant.
  
Cela m'a rappelé les trois c de la séduction masculine:
  
       À 20 ans, c'est pour le choc.
      À 40 ans, c'est pour le chic.
      À 80 ans, c'est pour le chèque.
  
  
Yvonne
Québec, 16 décembre 2006
  
  

28.11.2006

La langue

Cette année-là, notre destination vacances était l'Autriche et la Tchécoslovaquie. Deux pays dont nous ne parlions pas les langues. Deux pays qui ne s'abordaient pas de la même façon. Nous l'avons constaté.
  
Dans le premier, fleurs et musique abondaient.
  
  
Dans le second, (c'était pendant l'occupation russe) austérité et grisaille prévalaient...
  
Dès notre arrivée à la frontière, sans explication de la part des douaniers, nous avons été fouillés et retenus pendant des heures face à des militaires armés. Combien nous nous sommes sentis téméraires de nous être aventurés seuls derrière le rideau de fer!
  
Une fois libérés, nous roulons en direction de Prague sur une large route parsemée de maisons aux volets clos et où on ne voit âme qui vive. Étrange sensation...
  
Nous roulons jusqu'à ce que la faim se fasse sentir. Nous traversons des villages et ne voyons ni indice de restaurant, ni piéton.
  
À l'entrée d'une ville importante, nous voyons enfin deux personnes sur le trottoir. Stop. Demande d'informations. Par bonheur, ces deux camarades parlent français! Grâce à eux, nous trouvons une table dans un hôtel au centre de la ville.
  
Enfin, nous voici attablés. On nous apporte le menu, uniquement en tchèque. Le personnel ne parle ni français, ni anglais. Comment faire? Nous optons pour la logique. Nous pointons dans l'ordre ordinaire: une entrée, une soupe, un plat principal et un dessert. Je remarque un sourire amusé de la part de notre garçon de table. Néanmoins, il prend la commande.
  
Voici ce qu'il nous apporte successivement: oeuf mayonnaise en entrée, puis une soupe dans laquelle on a jeté un oeuf cru, suivi du plat principal qui consiste en une énorme salade aux oeufs, et comme dessert des crêpes flambées.
  
  
(Je n'ai pas cherché à savoir pourquoi dès l'aube le lendemain mon homme m'a réveillé au chant du coq... Ça, au moins, c'est une langue universelle!)
  
  
Yvonne
Québec, 6 octobre 2006

27.11.2006

Révélation

Mon amie Monique m'accompagne à l'inauguration d'une exposition au Centre Culturel de Jonquière. Il y a une foule chaleureuse et les conversations animées montent en décibels au rythme du vin versé.
  
J'aperçois au fond de la salle le docteur Beaudoin, le médecin de famille que nous avions au début de notre mariage et qui nous avait laissés pour des études aux États-Unis.
  
Une idée folle me vient en tête et je dis à mon amie: Tu vois le bel homme là-bas? et, à voix basse: Écoute, je vais te faire une révélation: c'est avec lui que j'ai eu mon premier enfant...
  
Silence, regard étonné et inquisiteur de la part de Monique. Elle n'a pas le temps de poser la question qui lui brûle sans doute les lèvres puisque je l'entraîne subito presto jusqu'au personnage en question.
  
Le docteur Beaudoin me salue chaleureusement: Comment allez-vous? Et le bébé que je vous ai aidé à mettre au monde... Il a bien sept ans maintenant... Je m'en souviens très bien puisque ce fut le dernier accouchement que j'ai fait avant d'aller me spécialiser en chirurgie...
  
Monique comprend alors avoir été dupe un instant d'une révélation coquine de la part de son amie.
  
  
Yvonne
Québec, 2 octobre 2006

24.11.2006

La chorale

J'aurai vécu un jour, de façon surprenante, la traversée d'une haie d'honneur...
  
J'accompagnais Claude à un congrès du Barreau du Québec qui avait lieu à Chicoutimi. À cette époque, il y avait toujours une messe lors de ces réunions. Elle avait lieu à la cathédrale... et la chorale Sainte-Cécile, sous la direction de l'abbé Raymond, s'était surpassée en splendeur...
  
À la sortie, des choristes tout sourire formaient une haie d'honneur sur notre passage. Étonné, Claude demande: Pourquoi?
  
Après un bref moment d'hésitation, l'un des chanteurs se risque en me regardant: Notre directeur nous a révélé que... s'il n'avait pas la soutane, il serait probablement dans la nef à côté de la dame au costume blanc et au grand chapeau noir... Nous voulions la voir!
  
(...Romance en si bémol...)
  
  
Yvonne
Québec, 1er septembre 2006

23.11.2006

L'oubli

Tante Laudéa venait à la maison presque tous les dimanches d'été avec son mari Vincent Doré et ses trois enfants. Ils n'habitaient qu'à trois kilomètres de chez nous mais ils aimaient faire un tour de machine.
  
Au moment de leur départ, mon père mettait chaque fois dans la valise un gros sac de légumes frais du jardin. Laudéa se confondait en remerciements, devenait bavarde, excitée, énervée au point d'oublier chaque fois quelque chose. Nous aurions pu faire grande collection de bonnets, châles et autres objets... si le dimanche suivant elle ne venait les récupérer.
  
Une fois, lors du départ d'une de ces visites dominicales, papa s'enquiert de façon sarcastique auprès de sa soeur si elle n'aurait pas oublié quelque chose...
  
- Veux-tu rire de moi?! Je n'ai rien oublié aujourd'hui!
  
Et hop! tout le monde en voiture.
  
Une demi-heure plus tard, la Ford revient. Laudéa descend seule...
J'ai oublié le bébé sur le lit.
  
  
Yvonne
Québec, 3 août 2006

22.11.2006

Le pick-up

Lorsque j'enseignais les arts plastiques à la Polyvalente de Jonquière, j'ai vécu un imbroglio linguistique des plus cocasses.
  
Un collègue s'amène à notre département et demande si quelqu'un de notre équipe possède un pick-up. J'en aurais besoin pour une demi-journée!
  
Je me lève, cherche attentivement sur les tablettes de l'armoire, scrute les différents recoins de la salle de cours. Il n'est pas là. Un professeur l'aurait-il rangé dans l'entrepôt adjacent à nos bureaux? j'ouvre la porte de ce minuscule réduit, grimpe sur un petit escabeau, déplace mille objets pour enfin atteindre le fameux tourne-disque.
- Je l'ai! dis-je triomphalement en lui tendant l'appareil. Je vois l'emprunteur qui me regarde d'un air stupéfait.
  
- Heu... je voulais dire un pick-up... un truck... un petit camion, quoi!
  
Longtemps cette méprise de ma part suscita l'hilarité dans tout le département.
  
  
Yvonne
Québec, 13 juillet 2006